dimanche 14 janvier 2018

Stephan Zweig, Adieu à l'Europe ( Maria Schrader, 2016)

 Dans les premières images du film, une somptueuse réception en l'honneur de Stefan Zweig, on découvre un homme fêté, entouré, adulé, un homme dont on imagine l'exil forcé presque heureux et puis très vite dans une deuxième scène, une conférence de presse où il est interviewé par des journalistes de différents pays, on sent qu'il provoque l'incompréhension par ses prises de position ou plutôt, ses absences de prises de position.
Étonné on l'est avec les journalistes, par cet homme que le bruit des bottes a forcé de quitter son pays parce qu'il est juif, dont l’œuvre dans sa langue a péri dans le feu des autodafés, et qui n'a rien à dire sur les événements qui se déroulent en Europe en cette année 1936.
Pourtant cette réaction est cohérente avec la ligne de vie qu' a choisie Stefan Zweig, celle d'un homme guidé avant tout par ses valeurs humanistes et pacifistes. Plutôt que des propos guerriers, il aimerait entendre dans la bouche des hommes des paroles de paix, plutôt que de les voir élaborer des stratégies de destruction, il aimerait les voir inventer des sociétés où tous pourraient cohabiter, toutes religions et cultures confondues.
De plus il est facile de s'indigner, de prendre parti, de décider lorsqu'on est pas directement menacé : « Un acte de résistance qui serait sans danger, n'est que vanité. » Cette vanité là, il ne l'a pas, quitte à décevoir. Il ne méprisera pas son pays et ses habitants, il ne se réjouira pas que les bombes détruisent l'ennemi car derrière ce mots abstrait, il y a des êtres humains.
A l'approche des années quarante, Stefan Zweig est un homme fatigué par ces décisions qu'il doit sans cesse prendre quand il n'aspire qu'au repos. Allant et venant de la chaleur moite du Brésil aux hivers glacés new-yorkais, toujours entre deux extrêmes, toujours entourés, il rêve d'une chambre solitaire et paisible où il pourrait se consacrer à son œuvre, écrire et ne plus se mêler de politique.
Sa réaction lorsqu'il retrouve Friderike, sa première femme, à New-York peut paraître égoïste, à exprimer son exaspération face aux multiples lettres venant d'Europe sollicitant son aide pour fuir. Elle est celle d'un homme dépassé par la folie destructrice du monde.
Poursuivi par cette inquiétude intérieure qui le rongera toute sa vie, il s'isolera de plus en plus du monde, trouvant dans la compagnie des chiens plus d'humanité que dans celle des hommes.
La scène finale a été traitée avec beaucoup de subtilité par la réalisatrice, Maria Schrader: ces deux corps unis dans la mort dont on aperçoit le reflet dans le miroir d'une porte qui s'ouvre, est une intelligente idée pour évoquer cette fin que tout le monde connaît.
Disparaissait le 22 février 1942, dans une mort choisie avec sa femme Lotte qui ne voulait pas l'abandonner, cet immense écrivain qu'était Stefan Zweig,lui qui disait avoir été témoin de la plus formidable défaite de la raison.
Ce film,en reconstituant les dernières années mélancoliques d'un homme désabusé, finement interprété par Josef Hader, lui rend un bel hommage.



2 commentaires:

  1. Bonjour Nekho, un très beau film un peu austère mais qui vaut la peine. Même le suicide de Zweig est montré de manière détournée. L'acteur est en effet très bien. Bonne après-midi.

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    1. Oui, peut-être un peu austère mais éclairant sur les derniers mois de Zweig et son état d'esprit. Merci Dasola pour ce commentaire.

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