jeudi 7 décembre 2017

Une famille heureuse (Simon Gross et Nana Ekvtimishvili,2017)

Pour ses cinquante deux ans,Manana, professeure de lettres dans la capitale géorgienne, décide de quitter le foyer familial pour s'installer seule dans un appartement. Ce n'est pas un divorce, simplement elle a décidé de prendre ses distances et de vivre pour elle, de rejeter la vie commune sans rejeter les siens.

Il faut dire que la vie dans l'appartement familial est particulièrement étouffante. Là elle vit avec ses parents dont une mère particulièrement autoritaire et théâtrale, son mari gentil mais un peu trop porté sur la bouteille, sa fille, son gendre et son fils qui ne quitte pas l'écran de son ordinateur. Aucune intimité possible, une promiscuité de tout les instants.

Dans le deux-pièces plutôt délabré où elle s'installe, elle découvre le simple bonheur d'être seule, d'être libre de ses faits et gestes sans avoir en permanence des regards scrutateurs braqués sur elle, boire un verre de vin en écoutant Mozart, lire devant sa fenêtre ouverte, dîner d'une part de gâteau,regarder le vent dans les arbres.

Le film rend très bien le contraste entre ces deux atmosphères, celle bruyante, au décor chargé, aux couleurs sombres de l'appartement familial et celle silencieuse, aux couleurs claires, au décor épuré de son appartement.

Paradoxalement cet éloignement lui permet de retrouver les siens. Rendez-vous avec sa fille, dîner avec son mari ;loin du chaos, ils parviennent à renouer le dialogue.

En filigrane se dessine à travers cette histoire familiale un portrait de la Géorgie, ce pays à l'histoire mouvementée et à l'économie dévastée. Les femmes particulièrement se retrouvent dans une situation ambiguë. Bien qu'ayant fait des études et travaillant, elles restent avant tout des mères devant se sacrifier pour leurs enfants comme on l'entend dans une émission télévisée religieuse au début du film et des mères sous l'autorité masculine. Personne n'est vraiment choqué que le frère de Manana intervienne dans la vie privée de sa sœur de cinquante deux ans et la fasse surveiller . Le poids des traditions est encore fort et si elles gouvernent la vie des Géorgiens avec rigidité, elles s'illustrent aussi joliment par la musique. Pas une fête qui ne soit célébrée sans chant, chants polyphoniques des réunions familiales ou individuel lorsque Manana prend sa guitare et chante seule, comme un autre symbole de sa démarche, retrouver sa propre voix.

A travers cette histoire simple, c'est le combat d'une femme pour accéder à son identité personnelle en se libérant du carcan communautaire et social.


2 commentaires:

  1. Bonjour Nekho, un très beau film où j'ai beaucoup aimé entendre ces chants georgiens chantés et joués par les acteurs eux-mêmes. L'actrice principale est sensationnelle dans sa retenue. Bonne journée.

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  2. Merci de ta visite, Dasola. C'est en effet un film très intéressant qui au delà de l'histoire personnelle de cette femme, nous fait partager le quotidien des Géorgiens et nous fait découvrir un peu de leur culture.

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