jeudi 21 décembre 2017

Un ange à ma table (Jane Campion, 1991)

A voir ce deuxième film de Jane Campion, il m'est apparu qu'il y avait quelques similitudes entre Janet, cette écrivaine néozélandaise dont elle adapte la biographie dans Un ange à ma table et Ada, l'héroïne de La leçon de piano, la plus criante étant sans doute leur incommunicabilité avec les autres.
Incommunicabilité flagrante chez Ada puisqu'elle est muette, progressive chez Janet, tant il est difficile pour une petite fille née dans une modeste et nombreuse famille d'ouvriers d'acquérir les codes qui lui permettront d'évoluer dans un milieu différent du sien, milieu auquel son intelligence lui permet d'accéder sans pour autant la libérer du carcan social.

Ce personnage là, dont la nature solitaire et indomptée se heurtait sans cesse à son désir d'émancipation, ne pouvait que fasciner Jane Campion, à être comme elle, une femme créatrice et originaire du même pays, cette Nouvelle Zélande aux paysages sauvages et tourmentés qu'elles savaient toutes deux si bien suggérer, qui par la beauté des images, qui par la justesse des mots.Car si Jane filme, Janet écrit.

Petite fille au physique dérangeant par sa singularité, rabrouée par ses institutrices, c'est dans le rêve qu'elle fuyait une réalité sordide, un rêve auquel elle donnait forme dans l'écriture. Sa frémissante sensibilité s'exprimait par les mots comme Ada l'exprimait par le piano.Vacillant funambule sur la corde raide de la création, elle oscillait à chaque pas entre la mort et la folie, comme d'autres femmes créatrices, Camille, Virginia, Séraphine....

Cette inadaptation sociale, elle était celle d'une femme qui ne voulait pas « habiter le monde sous de fausses apparences ». En quête d'identité, elle ne pouvait, tout comme Ada se satisfaire du rôle qui lui était assigné. Toutes deux seront révélées par l'éveil de leur sensualité et parviendront à s'extraire de leur milieu étouffant grâce aux regards bienveillants et attentifs d'hommes fascinés par leur talent.

Il y a une filiation évidente entre ces deux femmes, Janet et Ada, l'une bien réelle et l'autre personnage de fiction. Janet Frame aurait pu inventer le personnage d'Ada. Quelque part elle en est la mère spirituelle.

2 commentaires:

  1. Bonsoir Nekho, j'avais aimé ce film de Jane Campion que je n'ai pas revu depuis longtemps. Pas beaucoup de souvenir, hélas. En revanche, j'en profite pour te souhaiter une très belle année 2018.

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    1. Merci Dasola. A toi aussi ,je souhaite une belle année 2018.
      Quant aux films de Jane Campion, je les aime tous depuis l'inoubliable La leçon de piano.

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