lundi 4 décembre 2017

Le scandale Paradjanov (Serge Avédikian, 2015)

De Paradjanov, ce réalisateur russe tourmenté, je ne savais rien ou presque si ce n'est son nom et celui de son œuvre majeure, qui lui a donné une renommée internationale : Les chevaux de feu.
C'est donc en totale naïve que j'ai découvert ce film.
Le scandale Paradjanov, présenté par le réalisateur comme librement inspiré de la vie du cinéaste, se veut plus hommage poétique que biopic,
Paradjanov dans le film, c'est Serge Advekian, le réalisateur. Les deux hommes s'étaient rencontrés dans les années 80. Curieuse mise en abyme que ce film réalisé par un réalisateur sur un autre réalisateur qu'il a connu et dont il interprète le rôle, construisant son film autour de scènes de tournage.
Cette connaissance de l'homme n'est sans doute pas pour rien dans l 'originalité du film qui s'est plus attaché à restituer la dimension fantasque de Paradjanov que la chronologie de sa vie,
Et n'était- ce pas le plus important puisque c'est parce qu'il était hors norme et totalement anticonformiste qu'il fût persécuté, afin de tuer en lui le désir créatif, impossible ambition puisqu'il créait comme il respirait, avec rien, ce qui lui tombait sous la main, au quotidien. Privé de possibilités de faire du cinéma, il se réfugiera dans le dessin et les collages.
Paradjanov fut emprisonné dans un camps de travail, oppressé de mille façons. C'est que dans l 'univers soviétique de l'époque, il n'y avait pas de place pour l'excentricité et l'individualisme, portes ouvertes à la contestation, revendication d'une liberté de penser et de s'exprimer qui aurait pu être vite contagieuse.
Le film par sa fantaisie, ne rend pas totalement compte du réel calvaire qu'a du être la vie de Paradjanov.C'est un parti pris du réalisateur qui s'est voulu ,j'imagine, passeur de mémoire de l’œuvre et de l'âme de son créateur,s'attachant à transmettre sa façon de penser en images, de travailler toujours funambulesque, évoluant perpétuellement en équilibre instable entre rêve et réalité, mettant en scène sa vie comme ses films. Ainsi Advekian suit la ligne de Paradjanov pour qui l'essentiel n'était pas la narration mais la vision, l'image.
Il a fallu une certaine humilité au réalisateur pour s'effacer ainsi derrière son sujet. En ce sens, le film est réussi. On sort de la projection avec une immense envie de découvrir l'oeuvre de ce cinéaste déjà un peu oublié.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire