lundi 4 décembre 2017

Crosswind (Martti Helde, 2014)

C'est un épisode de l'Histoire que l'on connaît mal,l'annexion des pays baltes en 1940 puis l'arrestation et la déportation vers la Sibérie de ses habitants jugés suspects , ordonnées par Staline. Martti Helde , le réalisateur, lui-même estonien et dont le grand-père avait connu les camps sibériens, tenait à réaliser un film sur cet épisode.

Il n'existe pas d'images d'archive sur ce sujet, Martti Helde s'est donc appuyé sur des témoignages autobiographiques ou de survivants et également sur des lettres de déportés. Erna, le personnage féminin principal, est inspirée d'une personne ayant réellement existée. Elle a été arrêtée dans la nuit du 13 au 14 juin 1941 avec son mari et sa petite fille.Hommes et femmes furent séparés avant d'être transportés dans des wagons tristement célèbres vers la Sibérie.

Il n'y a pas de dialogues mais une voix féminine qui lit les lettres qu' Erna a écrites à son mari durant les quinze années de sa captivité. La bande-son est faite aussi de musique, de bruits divers, gémissement du vent dans les arbres, aboiements de chiens, roulement des trains sur les rails et parfois dans les moments de sidération devant l'horreur, le sifflement assourdissant du silence.

Ces images d'archive qui n'existent pas, Martti Helde les a reconstituées, en noir et blanc comme elles auraient pu être. Dans ce docu-fiction, il y a l'avant et l'après la terrible nuit de juin. Avant c'est le temps du bonheur familial, du printemps, des pommiers en fleurs, de la vie en mouvement. Après face à l'horreur et l'incompréhension, la vie semble figée, ce que le réalisateur a traduit par des images fixes, sortes de tableaux aux personnages immobiles comme statufiés.Le spectateur est forcé de regarder ce que le réalisateur veut qu'il voit, son regard ne peut s'échapper et il partage avec d'autant plus d'intensité le ressenti des personnages, le froid, la faim, la peur, la solitude, la souffrance.

C'est un film audacieux et original mais aussi courageux, car du courage il en fallut à ce jeune réalisateur pour aller au bout de son projet, de ces trois années de tournage et de ces difficultés de financement. Fallait-il qu'il lui tienne à cœur !

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