lundi 4 décembre 2017

Au loin s'en vont les nuages (Aki Kaurismaki, 1996)

L'univers de Kaurismaki est si particulier, qu'à voir un de ses films, on ne peut douter du réalisateur.D'abord le décor, ces teintes froides, ces bleus et ces bruns en parfaite harmonie, ponctués ça et là d'une touche rouge, un décor épuré où aucun objet ne semble superflu, si étudié qu'il semble peint.
Et puis dans ce décor, des acteurs au jeu si singulier : peu de dialogue, peu d'échanges de regards, des visages à l'expression limitée. Et pourtant l'émotion passe. C'est donc que Kaurismaki sait parfaitement se servir de l'image pour transmettre ce qu'il a à dire et dans ce film il y a même toute une palette de sentiments : amour, désespoir, tristesse, angoisse.

Le sujet du film est réaliste et grave : le chômage, l'alcoolisme, la violence de la rue, l'exploitation des plus faibles. Pourtant c'est un film que l'on regarde dans une grande sérénité. Peut-être est-ce lié à cette parfaite harmonie qui se dégage du film, à ces personnages si droits qu'on sent qu'ils vont toujours se relever même quand ils tombent très bas, à cet amour qu'a Kaurismaki pour eux et qui fait de son film une ode à l'humanité.
Peut-être aussi cette façon pudique de traiter une réalité crue et brutale donne-t-elle au film cette forme délicate et poétique. La mort de l'enfant, par exemple, est évoquée en deux plans : une photo sur une étagère tendrement effleurée, un petit bouquet qu'Ilona va déposer au cimetière ,scène filmée derrière une haie sans même qu'on voit la tombe. Et pourtant la douleur est là et perceptible. Tout le film est émaillé de ces petits bouquets qu'échangent les personnages ou de ces gestes délicats qui en disent plus que de longs discours.

Le film se termine par un happy end. Je ne révèle rien puisqu'il ne peut en être autrement.Vient le moment où au loin s'en vont les nuages. Le film se veut porteur d'espoir et il y réussit, c'est un film qui rend heureux.

2 commentaires:

  1. Bonjour Nekho, je ne me rappelle pas si j'ai vu ce film ci mais Juha, L'homme sans passé, Le Havre et L'autre côté de l'espoir traitent encore du même genre de sujet avec des personnages attachants, les "sans grades", ceux qui n'intéressent personne sauf le réalisateur. Et rien que pour ça, qu'il en soit remercié.

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    1. C'est vrai Dasola, que Kaurismaki est un de ces réalisateurs qui creuse le même sillon de film en film.Son univers est très personnel et quand on accepte d'y entrer, il y a un plaisir certain à le retrouver.Je n'ai pas vu Juha mais j'ai apprécié aussi ses autres films que tu évoques. Merci de ton passage.

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