lundi 2 octobre 2017

La rencontre (Alain Cavalier, 1996)


Dans mon désir de voir ce film, il y a d'abord eu le titre, "La rencontre", un titre qui sonne comme une invitation, chargé de charme et de mystère, d'une attente presque magique. Et puis de la curiosité pour les images qu'un homme a choisies de filmer et de partager avec un public anonyme, images de sa rencontre avec la femme qu'il aime, la caméra devenant son œil d'amoureux, un œil qui ne voit pas cette femme comme tout le monde peut la voir,qui va au delà de la simple apparence extérieure du corps. Jamais d'ailleurs on ne verra cette femme entièrement. Non, c'est un regard de l'intime qui s'attarde sur une bouche, un œil, des mains qui travaillent, qui s'émeut de la courbure d'un pied, de la pointe d'un sein qui affleure au travers de l'eau du bain, de la ligne d'un dos que le drap repoussé dévoile. Ce sont des images d'objets, des petites choses de rien qui n'ont de valeur que parce qu'en eux s'est caché un peu de leur histoire, petit caillou en forme de cœur trouvé ensemble sur une plage et qui devient talisman gardé au fond d'une poche, bague qu'elle portait lors de leur premier dîner, bouquets d'immortelles jaunes, ces petites fleurs têtues pas même jolies qui poussent dans le sable des dunes dont le parfum enchante et raconte longtemps après avoir été cueillies le bruit de la mer et le vent dans les cheveux ou encore ce double de clé qu'elle lui a offert pour qu'il puisse la retrouver dans sa "grotte" qui est devenue la leur, pour qu'il puisse pousser les neuf portes qui conduisent à sa chambre. Là est le lit, lit défait par les tendres batailles et le sommeil à deux. Lui l'insomniaque qui arpentait la ville la nuit pour fuir sa chambre de solitaire a trouvé la paix contre cette dormeuse, elle a pansé les plaies de ce corps qui exprimait par des douleurs les angoisses de son âme. Et s'il filme d'autres lits, lits anonymes de chambre d'hôtel, lit austère de son ancienne vie de solitaire, c'est pour mieux lui dire à travers les images de ces meubles réduits à leur fonctionnalité, si contrastant avec le nid douillet et tiède tapissé d'oreillers qu'ils partagent, le manque et le froid de la vie sans elle. Loin d'elle il continue à filmer,manière de concrétiser ce dialogue permanent avec elle qu'il poursuit en pensées, voulant tout lui dire de ce qu'il voit, sent, entend, tout lui dire de ce qu'était sa vie d'avant elle. Et près d'elle il filme encore, voulant tout savoir de ce qu'elle voit, sent, entend,s'arrêtant sur les fleurs de son jardin ou sur sa brosse à dents, tout savoir de sa vie d'avant lui et la caméra s'attarde sur la photo de la petite fille qu'elle a été, comme pour mieux pénétrer son mystère.
Journal en images d'une rencontre mais aussi journal du temps qui passe, comme pour mieux le retenir, du temps perdu et du temps retrouvé, instants uniques et fugaces condamnés à l'oubli fixés par la pellicule . Et comme pour mieux sentir s'écouler le temps partagé de leur vie à deux, ils ont échangé leurs montres, ces drôles d'objets qui mesurent la vie de leurs périssables propriétaires et qui parfois leur survivent devenant de précieux souvenirs de ceux qui ne sont plus.

Si ces images prennent sens pour le spectateur étranger à cette histoire, c'est parce qu'il y a ces voix qui les commentent, leurs voix qui expliquent, parfois émouvantes, parfois agaçantes, voire même irritantes quand elles frôlent la niaiserie. Peut-être que dans cette familiarité si grande que fait naître l'état amoureux, on peut se permettre d'être un peu bête, de laisser tomber le costume d'adulte sérieux pour s'abandonner à d'inavouables enfantillages.

C'est peut-être là pour moi la limite de ce film. A trop vouloir révéler la fusion étroite du couple qui fait tomber les barrières les plus intimes, le réalisateur fait passer le spectateur d'une saine curiosité pour une histoire dans laquelle il peut se projeter à un voyeurisme dérangeant qui vient en rompre le charme fragile.

Reste à chacun la liberté d'imaginer comme bon lui semble, les images qu'il juxtaposerait derrière ce titre....

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